La Fortune de Pascal en France au XVIIIE Siècle

BookLa Fortune de Pascal en France au XVIIIE Siècle

La Fortune de Pascal en France au XVIIIE Siècle

Oxford University Studies in the Enlightenment, 351

1997

January 1st, 1997

£65.00

Details

Price

Description

Avant la parution des Lettres philosophiques de Voltaire, chaque grande famille intellectuelle examine la production pascalienne selon une perspective traditionelle. Après la XXV Lettre, où s’affrontent deux morales, deux épistémologies, deux conceptions de Dieu, le regard sur Pascal perd de son unité. Certes, parmi les écrivains des Lumières, l’anthropologie pascalienne est condamnée: la valorisation de l’amour propre, la croyance en l’idée de nature, le souci, le souci de bienfaisance, l’esprit de tolérance, le concept d’utilité, la foi dans le progrès et l’éfficacité de l’action politique s’opposent au tragique pascalien. Mais certains auteurs , tel Vauvenargues, sont sensibles à l’esthétique de Pascal, tandis que d’autres, comme d’Alembert, vantent ses mérites scientifiques. Le paradoxe de la fortune pascalienne est surtout entretenu, dans le parti des Lumières, par l’orientation sceptique donnée aux fragments sur la coutume ou sur le désenchantement du monde.
Conséquence du progrès de l’esprit ‘philosophique’, les apologistes, chez qui le sens du péché s’est atténué, défendent avec tiédeur Pascal, en oubliant progressivement la dimension théologique des Pensées et en orientant ce livre vers une interprétation profane: les preuves historiques tendent à passer au second plan. L’apologie traditionnelle reconnaît un rôle social au christianisme, parallèlement au concept d’utilité et de progrès qui imprègnent les consciences religieuses. Dans ce contexte, peu favorable á une bonne compréhension de la théologie pascalienne, les jésuites atténuent leurs critiques envers l’auteur des Provinciales, tandis que les jansénistes, à l’exemple de Louis Racine, se révèlent des disciples infidèles: les preuves métaphysiques, naturelles ou morales ne s’inscrivent pas dans la filiation pascalienne. Les défenseurs de la religion chrétienne restent étrangers au message pascalien.
Condorcet, premier éditeur des Pensées depuis Port-Royal, opère une fracture saisissante entre le moraliste et l’apologiste jusqu’à enrôler Pascal dans le camps des athées. La fin du XVIIIe siècle est marquée par le renouveau d’une sensibilité religieuse, mais celle-ci reste éloignée de la thématique pascalienne. Seule la littérature, avec l’éloge de la mélancolie, la fascination pour la subjectivité, la reconnaissance du fragment, offre l’amorce d’une transformation du regard sur Pascal.
En conclusion, il semble que l’auteur du dix-septième siècle ne soit compris ni par les philosophes ni par les apologistes, dont l’horizon intellectuelle est paradoxalement réuni par les critères de raison ou d’utilité. Leur rapport à l’oeuvre pascalienne ne se lit que sous la forme d’une stratégie des ‘morceaux choisis’. Ce sujet a aussi souligné l’intérêt d’un débat toujours recommencé: le XX résonne encore de l’affrontement entre le doute et l’optimisme, entre une interrogation sur les valeurs et la foi dans le progrès, entre la dénonciation de la perte des sens et le pari sur l’histoire. Le dialogue entre l’humanisme et l’anti-humanisme est de tous les siècles.