Espaces du féminin dans le roman français du dix-huitième siècle

BookEspaces du féminin dans le roman français du dix-huitième siècle

Espaces du féminin dans le roman français du dix-huitième siècle

Oxford University Studies in the Enlightenment, 2004:01

2004

January 23rd, 2004

£75.00

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Des jardins de Félonde dans le Pharsamon de Marivaux à l’Elysée de Julie dans La Nouvelle Héloïse, le roman du dix-huitième siècle semble avoir accordé une place éminente à des lieux nouant des liens privilégiés avec le féminin, au point que deux d’entre eux soient devenus de véritables emblèmes du siècle: le sérail et le boudoir. A partir d’un corpus de plus de soixante-dix romans, on cherche ici à comprendre cette insistance des espaces du féminin dans l’imaginaire des Lumières en postulant qu’elle renvoie aux fantasmes d’une société confrontée à la découverte de l’espace familial.
On tente d’abord de dessiner les frontières de cette géographie romanesque du féminin. L’examen des différents liens unissant corps et décors féminins conduit à une typologie des principaux sites de ce territoire, puis à une analyse des métaphores faisant du corps féminin le lieu fantasmatique d’une exploration. Suit une approche politique de ces espaces, lieux d’un rapport de force et d’une pulsion d’emprise qui prend essentiellement deux formes: le fantasme d’une effraction dans l’intimité féminine et celui d’une claustration du corps féminin. Cette pulsion ne se conçoit guère sans une hantise secrète que les textes de Rousseau mettent en lumière: la crainte d’un empire du féminin faisant peser sur les hommes une menace de féminisation. D’où la nécessité d’une réclusion domestique des femmes et d’une nouvelle économie des relations entre les sexes. 
C’est sur cette perspective économique que s’achève ce travail: l’économie domestique prônée par Rousseau s’oppose, en effet, aux économies érotiques de la pluralité (le ‘monde’ libertin, le sérail despotique). Ces deux modèles antagonistes suscitent en leur marge des économies parallèles qui réactivent le fantasme d’une autosuffisance de la sphère féminine. Autour des espaces du féminin dans le roman des Lumières, c’est donc le principe même de la différence sexuelle qui se joue.

'Martin’s study is an impressive achievement of assimilation [...], balancing scholarly analysis with intelligent reflection.'
- French Studies