Francosphères

« Comment écrire en évitant d’exotiser le malheur? »

L’apocalypse et le retour au quotidien dans Je suis vivant de Kettly Mars

Francosphères (2018), 7, (1), 71–85.

Abstract

Après le passage des ouragans, des incendies et des séismes, les médias reviennent toujours à l’apocalyptique, un discours qui vise à répertorier les dommages d’un désastre jusqu’à perdre toute trace d’intimité humaine. Depuis le 12 janvier 2010, des auteurs, artistes, académiciens et acteurs sociaux – activistes et militants – haïtiens se battent contre cette notion d’apocalypse puisqu’elle rend Haïti et son peuple incompréhensible sauf à travers les tendances de l’exceptionnalisme et de la résilience. Ces tendances, jaillissant de multiples contextes au fil de l’histoire haïtienne, aident les médias à justifier la souffrance des Haïtiens face aux événement catastrophiques et à transformer tout un peuple, comme le dit Michel-Rolph Trouillot, à un état grotesque. Afin de déconstruire le discours apocalyptique dans la littérature dite « post-séisme », cet article examine Je suis vivant (2015), un roman de Kettly Mars, qui emploie les termes séismiques et apocalyptiques non pour décrire les dégâts subis par le tremblement de terre de 2010, sinon pour introduire le retour au foyer des enfants grandis de la famille Bernier. En se servant de termes et métaphores eschatologiques pour dépeindre une situation familiale, Mars ne prive pas ses personnages d’humanité, ce qui leur permettent de retrouver un rythme de vie banal dans les mois qui suivent le séisme.

In the aftermath of hurricanes, wildfires, and earthquakes, the media always turns towards the apocalyptic, a discourse that seeks to represent the extent of the damages left by a disaster to the point where it completely loses sight of human intimacy. Since 12 January 2010, Haitian authors, artists, academics, and social actors have fought against this notion of apocalypse because it renders Haiti and its people incomprehensible, except via tropes of Haitian exceptionalism and resilience. These tropes, which emerge in multiple contexts throughout Haitian history, enable the media in justifying Haitian suffering when faced with catastrophic events and help to transform an entire people, as Michel-Rolph Trouillot argues, into something grotesque. In order to deconstruct this apocalyptic discourse in ‘post-quake’ Haitian literature, this article examines Je suis vivant (2015), a novel by Kettly Mars, which employs seismic and apocalyptic terminology to explain the return of the adult children to the Bernier family home rather than to elaborate on the damage left after the 2010 earthquake. By using eschatological terms and metaphors to depict this familial situation, Mars does not revoke her characters’ humanity, which is ultimately the source for the newfound quotidian harmony in the Bernier household.

« Comment écrire en évitant d’exotiser le malheur? »

L’apocalypse et le retour au quotidien dans Je suis vivant de Kettly Mars

Abstract

Après le passage des ouragans, des incendies et des séismes, les médias reviennent toujours à l’apocalyptique, un discours qui vise à répertorier les dommages d’un désastre jusqu’à perdre toute trace d’intimité humaine. Depuis le 12 janvier 2010, des auteurs, artistes, académiciens et acteurs sociaux – activistes et militants – haïtiens se battent contre cette notion d’apocalypse puisqu’elle rend Haïti et son peuple incompréhensible sauf à travers les tendances de l’exceptionnalisme et de la résilience. Ces tendances, jaillissant de multiples contextes au fil de l’histoire haïtienne, aident les médias à justifier la souffrance des Haïtiens face aux événement catastrophiques et à transformer tout un peuple, comme le dit Michel-Rolph Trouillot, à un état grotesque. Afin de déconstruire le discours apocalyptique dans la littérature dite « post-séisme », cet article examine Je suis vivant (2015), un roman de Kettly Mars, qui emploie les termes séismiques et apocalyptiques non pour décrire les dégâts subis par le tremblement de terre de 2010, sinon pour introduire le retour au foyer des enfants grandis de la famille Bernier. En se servant de termes et métaphores eschatologiques pour dépeindre une situation familiale, Mars ne prive pas ses personnages d’humanité, ce qui leur permettent de retrouver un rythme de vie banal dans les mois qui suivent le séisme.

In the aftermath of hurricanes, wildfires, and earthquakes, the media always turns towards the apocalyptic, a discourse that seeks to represent the extent of the damages left by a disaster to the point where it completely loses sight of human intimacy. Since 12 January 2010, Haitian authors, artists, academics, and social actors have fought against this notion of apocalypse because it renders Haiti and its people incomprehensible, except via tropes of Haitian exceptionalism and resilience. These tropes, which emerge in multiple contexts throughout Haitian history, enable the media in justifying Haitian suffering when faced with catastrophic events and help to transform an entire people, as Michel-Rolph Trouillot argues, into something grotesque. In order to deconstruct this apocalyptic discourse in ‘post-quake’ Haitian literature, this article examines Je suis vivant (2015), a novel by Kettly Mars, which employs seismic and apocalyptic terminology to explain the return of the adult children to the Bernier family home rather than to elaborate on the damage left after the 2010 earthquake. By using eschatological terms and metaphors to depict this familial situation, Mars does not revoke her characters’ humanity, which is ultimately the source for the newfound quotidian harmony in the Bernier household.

1Je souhaite remercier les deux lecteurs/lectrices anonymes qui m’ont encouragé d’approfondir mes analyses que j’ai l’honneur de présenter ici. Je dois également un grand merci à Florent Gonsalès, Charly Verstraet et Caroline Eades pour leur amitié et leur soutien de cet article.


Details

Author details

Dize, Nathan H.