Contemporary French Civilization

L’expérience de Ludmilla-Mary

Contemporary French Civilization (2018), 43, (3-4), 469–474.

Abstract

2Fik L’expérience de Ludmilla-Mary L’expérience de Ludmilla-Mary J’ai toujours aimé me donner en spectacle. Assez jeune, je me rappelle être allé danser devant mes parents et leurs amis, affublé d’une jupe et des bas de ma mère sur la tête, comme de longues tresses de cheveux synthétiques. Tout le monde a bien ri sur le coup mais on m’a malgré tout demandé de remonter immédiatement dans ma chambre. Puis, sont venus, dans le début de ma vingtaine, les années “drag” où je me déguisais en Alice Terrick pour danser, lipsyncher et crasher les soirées avec des pancartes portant des messages tels que “Je vous emmerde” ou “I’m my own muse.” Il arrivait aussi que je me mette à balayer le dancefloor en plein milieu d’un DJ set, poussant les gens et leur demandant de ne pas salir le sol, déjà jonché de bout de cigarettes, quartiers de citron et autres morceaux de papier contenant le numéro de téléphone d’un amant, d’un dealer ou l’adresse d’une after-party. Ces expériences ont dessiné mon approche pour la performance et quand j’entends le mot “expérience,” je vois les émotions ressenties suite à une action posée dans le but de créer une réaction du public. Avant même de commencer ma carrière artistique via la photographie, il y avait dans les spectacles d’Alice Terrick un aspect performatif et expérientiel. Hier, comme aujourd’hui, mes performances dans l’espace public laissent place à un résultat inconnu, un territoire à défricher. Dans mon cas, depuis toujours, c’est un territoire social, humain et culturel. J’ai développé en 2011 une œuvre déambulatoire de 45 minutes titrée “My Name Is Ludmilla-Mary” mais dont le titre est traduit en fonction du lieu où elle se passe. Par exemple, quand la performance était faite à Zagreb (Croatie) je présentais “Zovem se Ludmilla-Mary” et à Montréal “Mon Nom est Ludmilla-Mary.” Si elle devait avoir lieu dans une ville hispanophone, cela serait “Me Llamo Ludmilla-Mary.” Le personnage que j’y joue est – roulements de tambour – Ludmilla-Mary, une femme à barbe portant un hijab. Elle a beaucoup de style, une démarche gracieuse et prend poses de supermodel tout droit sorti d’un Vogue Italia. Le choix d’utiliser ce personnage vient du fait qu’elle porte deux des symboles musulmans les plus reconnus : la barbe pour les hommes et le hijab pour les femmes. Pour la mettre en scène, je dois avoir une barbe longue d’au moins Contemporary French Civilization, vol. 43, nos 3–4 https://doi.org/10.3828/cfc.2018.26

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