Australian Journal of French Studies

Marginalia, Journal et Autobiographie Chez Stendhal

Australian Journal of French Studies (1983), 20, (2), 147–160.


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MARGINALIA, JOURNAL ET AUTOBIOGRAPHIE CHEZ STENDHAL BEATRICE DIDIER Le cas de Stendhal met particulièrement en lumière certains aspects para­ doxaux de ce "genre littéraire" qu'est le journal: le caractère variable du corpus, sa discontinuité, et finalement cependant une certaine unité. Où commence, où finit l'écriture du diariste? Est-il nécessaire d'avoir un cahier sur lequel on note chaque jour ses impressions pour écrire vraiment un journal intime? on refusera de s'en tenir à un critère aussi formel, mais alors on risque d'être pris d'une sorte de vertige. Si l'on ne cantonne pas le journal in­ time, en quelque sorte, dans un lieu, il s'infiltre partout, et l'on ne sait plus comment le délimiter. Une liste de commissions, est-ce un journal intime? ce petit bout de papier chiffonné que l'on retrouve au fond d'une poche, on refuse de lui donner un statut littéraire. Pourtant si dans le journal le diariste, comme il arrive souvent, entremêle à ses impressions une liste de choses à faire, aucun éditeur sérieux ne se permettra d'enlever le passage en question. Alors cette liste de commissions n'aura pas le même statut dans les deux cas, suivant qu'elle est ou non intégrée à ce cahier qui constitue le journal? Et s'il n'y a pas cahier, mais simplement une masse de feuilles volantes? Où commence, où finit le jour­ nal? Si l'on abandonne une sorte de critère matériel de présentation, pour rete­ nir un critère qualitatif — valeur "littéraire" ou absence de cette valeur — on tombe dans l'arbitraire, et il ne pourrait y avoir de journal qui supporte une édition intégrale, car il n'y a pas de "genre littéraire" qui soit susceptible de plus d'inégalités. Et qu'est-ce qui est intime? qu'est-ce qui ne l'est pas? J'ai été amenée en étudiant le journal intime1 à retenir finalement un critère qui n'est pas exactement matériel (forme du papier, du "support"), mais qui est formel, formaliste: la présence de la datation. Alors il faut accepter cette conséquence que tout bout de papier daté fait partie du journal, et rien ne sera plus instable que le corpus, puisqu'il suffira qu'un érudit ou un chercheur découvre quelqu'un de ces bouts de papier, pour qu'il faille, à plus ou moins longue échéance, songer à donner une nouvelle édition. Le journal, dans la mesure où il n'est pas publié du vivant de l'auteur, dans la mesure où il n'y a pas d'architecture, est une forme ouverte sur laquelle peuvent toujours venir se greffer des textes. On croirait que je m'aventure dans des hypothèses vertigineuses et gratuites, s'il n'y avait précisé­ ment le cas de Stendhal. L'édition du journal que V. Del Litto a donnée à la Pléiade en 1981 pré­ sente donc un immense intérêt, à la fois pour la connaissance de Stendhal c'est bien évident — mais aussi par les problèmes théoriques que pose cette publi­ cation elle-même. On sait à quel principe a obéi l'éditeur: ajouter au journal proprement dit de Stendhal ce journal diffus, épars, constitué par les innombra­ bles notes marginales, fragments laissés par l'écrivain. "Le Journal qu'on connaît, 147

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Didier, Beatrice