Francosphères

La maison nouméenne de Victor Segalen

Un lieu de création littéraire?

Francosphères (2017), 6, (2), 103–123.

Abstract

Victor Segalen (1878–1919), puissamment marqué durant son voyage en Océanie (1903–1904) par le monde polynésien, publie à son retour en Europe une de ses œuvres majeures: Les Immémoriaux (1907). La correspondance de Victor Segalen, écrite de Nouméa, Nouvelle-Calédonie, nous permet d’affirmer que le manuscrit de cet ouvrage, ainsi que les bases d’autres textes, dont le dossier Mythes polynésiens (non publié) et son Essai sur l’exotisme (publié après sa mort) ont été travaillés lors de l’escale de deux mois qu’il y fit en 1904. Ce séjour nouméen fut l’occasion pour lui de renouer avec un ami de jeunesse, le calédonien Lucien Nielly, fonctionnaire colonial rencontré en Bretagne chez les jésuites. C’est en logeant dans la maison de fonction de son hôte et en profitant d’un climat calédonien plutôt maussade cette année-là, que Segalen trouva le temps de modeler ses manuscrits. Cette petite maison est connue d’après des photographies anciennes et se situait sur les hauteurs du Quartier Latin. Si elle n’existe plus aujourd’hui, la recherche de sa localisation exacte est l’objet de cet article. Ainsi, en partant des faits historiques et biographiques connus, nous pouvons mieux définir le lieu et les conditions de séjour calédonien de Segalen, et partant, démontrer l’importance de cet intermède calédonien, véritable creuset créatif ayant permis de lier le monde polynésien traditionnel et un regard métropolitain d’exception. Ceci nous permet également de renouveler la question des lieux de création littéraire en Océanie. Si la maison de James Norman Hall à Arue, Tahiti, et celle de Robert Louis Stevenson à Vailima, Samoa, sont aujourd’hui des sites historiques et patrimoniaux importants, qu’en est-il des lieux de passage ou de séjour, en particulier dans une Océanie souvent découverte à la faveur d’escales, nécessairement temporaires?

Victor Segalen (1878–1919), deeply impressed by Polynesian culture during his voyage to Oceania (1903–1904), published one of his major works, Les Immémoriaux (1907), upon his return to Europe. Segalen’s letters written from Nouméa, New Caledonia, testify that the manuscript of this work, as well as the bases of other texts, including the unpublished Mythes polynésiens and the posthumous Essai sur l’exotisme, were penned during his two-month stopover there in 1904. That stay in Nouméa was an opportunity for him to reunite with an old friend, New Caledonia-born Lucien Nielly, a colonial administrator he had met during his time in a Jesuit high school in Brittany. Segalen found the time to shape his manuscripts while staying in the Nielly family home and taking advantage of the rather ghastly weather in Nouméa that year. This small house is known from old photographs and was located on the heights of a Noumean suburb known as the Quartier Latin. While it no longer exists, the search for its exact location is the subject of this article. Starting from known historical and biographical facts, we can reveal the location of Segalen’s accommodation and the conditions of his stay in Nouméa, and thus demonstrate the importance of this New Caledonian sojourn, a true crucible of creativity which allowed the fusing of the traditional Polynesian world and an exceptional French mindset. This will also allow us to shed new light on the question of places of literary creation in Oceania. If James Norman Hall’s house in Arue, Tahiti, and that of Robert Louis Stevenson in Vailima, Samoa, are important heritage and historic sites today, how should we consider visited places or temporary dwellings, especially in Oceania, which was often encountered through necessary stopovers?

La maison nouméenne de Victor Segalen

Un lieu de création littéraire?

Abstract

Victor Segalen (1878–1919), puissamment marqué durant son voyage en Océanie (1903–1904) par le monde polynésien, publie à son retour en Europe une de ses œuvres majeures: Les Immémoriaux (1907). La correspondance de Victor Segalen, écrite de Nouméa, Nouvelle-Calédonie, nous permet d’affirmer que le manuscrit de cet ouvrage, ainsi que les bases d’autres textes, dont le dossier Mythes polynésiens (non publié) et son Essai sur l’exotisme (publié après sa mort) ont été travaillés lors de l’escale de deux mois qu’il y fit en 1904. Ce séjour nouméen fut l’occasion pour lui de renouer avec un ami de jeunesse, le calédonien Lucien Nielly, fonctionnaire colonial rencontré en Bretagne chez les jésuites. C’est en logeant dans la maison de fonction de son hôte et en profitant d’un climat calédonien plutôt maussade cette année-là, que Segalen trouva le temps de modeler ses manuscrits. Cette petite maison est connue d’après des photographies anciennes et se situait sur les hauteurs du Quartier Latin. Si elle n’existe plus aujourd’hui, la recherche de sa localisation exacte est l’objet de cet article. Ainsi, en partant des faits historiques et biographiques connus, nous pouvons mieux définir le lieu et les conditions de séjour calédonien de Segalen, et partant, démontrer l’importance de cet intermède calédonien, véritable creuset créatif ayant permis de lier le monde polynésien traditionnel et un regard métropolitain d’exception. Ceci nous permet également de renouveler la question des lieux de création littéraire en Océanie. Si la maison de James Norman Hall à Arue, Tahiti, et celle de Robert Louis Stevenson à Vailima, Samoa, sont aujourd’hui des sites historiques et patrimoniaux importants, qu’en est-il des lieux de passage ou de séjour, en particulier dans une Océanie souvent découverte à la faveur d’escales, nécessairement temporaires?

Victor Segalen (1878–1919), deeply impressed by Polynesian culture during his voyage to Oceania (1903–1904), published one of his major works, Les Immémoriaux (1907), upon his return to Europe. Segalen’s letters written from Nouméa, New Caledonia, testify that the manuscript of this work, as well as the bases of other texts, including the unpublished Mythes polynésiens and the posthumous Essai sur l’exotisme, were penned during his two-month stopover there in 1904. That stay in Nouméa was an opportunity for him to reunite with an old friend, New Caledonia-born Lucien Nielly, a colonial administrator he had met during his time in a Jesuit high school in Brittany. Segalen found the time to shape his manuscripts while staying in the Nielly family home and taking advantage of the rather ghastly weather in Nouméa that year. This small house is known from old photographs and was located on the heights of a Noumean suburb known as the Quartier Latin. While it no longer exists, the search for its exact location is the subject of this article. Starting from known historical and biographical facts, we can reveal the location of Segalen’s accommodation and the conditions of his stay in Nouméa, and thus demonstrate the importance of this New Caledonian sojourn, a true crucible of creativity which allowed the fusing of the traditional Polynesian world and an exceptional French mindset. This will also allow us to shed new light on the question of places of literary creation in Oceania. If James Norman Hall’s house in Arue, Tahiti, and that of Robert Louis Stevenson in Vailima, Samoa, are important heritage and historic sites today, how should we consider visited places or temporary dwellings, especially in Oceania, which was often encountered through necessary stopovers?


Details

Author details

Banaré, Eddy

Lagarde, Louis