Francosphères

Divine breath of Genesis (Joyce Mansour)

Francosphères (2017), 6, (1), 61–86.

Abstract

In this two-part essay, I present an overview of early to mid-twentieth-century francophone Cairo, followed by a close reading of Joyce Mansour’s translingual lyric and prose. In Part One, I situate the history of francophone Cairo’s literary communities and vibrant print culture within the broader context of trans-Mediterranean cultural exchanges between Egypt and France. I sketch francophone Cairo’s ultimate demise in relation to the contemporaneous Vortex movement in England. In light of this history, I follow in Part Two with a poetic query, situated at the crossroads of the local, the international, and the translingual. I recast the vigour of Vorticist energies through the sociocultural gyre of early twentieth-century Cairo, by focusing first on a brief sociolinguistic moment in the history of Egyptian cinema. This allows me to reveal the curious linguistic and poetic underbelly of the Cairo vortex, which I illustrate by way of a close reading of the city’s most iconoclastic poet, Joyce Mansour. Spanning references from Shakespeare to Byron to Dickinson, Mansour’s lyric and prose showcase a unique literary translingualism that simultaneously speaks in and between more than one tongue. In contrast to francophone Egypt’s prose literature, Mansour’s case presents an alternate perspective on the question of language and translation than the one favoured by the dialogue-driven plot narratives of the novel. Within the context of the narratives collected in Histoires nocives, a simple, unassuming translingual pun – construed around the vocal metamorphoses and alphabetical permutations between the vocables oum and mou – points to a more sublimated absence: the narrator’s détour to a non-extant ur-language or mother tongue of an obscure, original Genesis or Holy Writ. Mansour writes (in) a composite tongue. Her texts read and sound as if they were not originally written in any one single language in isolation. She adopts a sacred thematization of breaths and a nomadic, translingual poetics, freely halting upon a vast selection of constantly evolving languages and morphing cultural references. As early as 1955, her translingualism provided an exit from monolingual writing practices within international French and francophone literature: the translanguage sustained traces of a foreign linguistic and cultural excess – expended, expunged out of Egypt.

Je présente, dans cet essai en deux parties, une vue d’ensemble du Caire francophone de la première moitié du vingtième siècle, suivi d’une lecture close du lyrique et de la prose translinguistique de Joyce Mansour. Dans la première partie, je situe l’histoire vivante des communautés littéraires et des revues du Caire francophone dans le contexte élargi des échanges culturels et transméditerranéens entre l’Égypte et la France. J’esquisse le trépas du Caire francophone, mis en relation avec le mouvement contemporain du Vortex en Angleterre. À la lumière de cette histoire, j’enchaine dans la seconde partie avec une interrogation poétique, au carrefour du local, de l’international et du translinguistique. J’envisage la vigueur des énergies vorticistes du tourbillon socioculturel du Caire de la première moitié du vingtième siècle, à la lumière d’un bref moment sociolinguistique dans l’histoire du cinéma égyptien. Ceci me permet de dévoiler la curieuse face cachée – linguistique et poétique – du vortex cairote, que j’éclaircis avec une lecture close de l’exemple du poète le plus iconoclaste de la ville, Joyce Mansour. Le lyrique et la prose mansouriens – emprunts de références à Shakespeare, Byron ou Dickinson – font preuve d’un translinguisme littéraire à part, chevauchant plusieurs langues selon différentes modalités. Contrairement à la prose littéraire de l’Égypte francophone, le cas Mansour présente une perspective différente sur la question de la langue et de la traduction que celle favorisée par les œuvres où l’intrigue romanesque repose sur les dialogues. Dans le contexte des récits recueillis dans Histoires nocives, un calembour – simple, modeste, translinguistique, construit autour des métamorphoses vocales et des permutations alphabétiques des vocables oum et mou – montre le chemin vers une absence plus sublimée: le détour de la narratrice vers une ur-langue non existante, à la langue-mère d’une Genèse ou d’un Texte Sacré obscur, original. Mansour compose (dans) une langue composite. Ses textes se lisent et s’entendent comme s’ils n’étaient pas écrits à l’origine en une seule langue isolée. Elle adopte une thématisation sacrée des souffles et une poétique nomade, translinguistique, faisant librement la halte devant un vaste éventail de langues en devenir, ou de références culturelles métamorphosantes. Dès 1955, son translinguisme proposait une sortie des pratiques d’écriture monolingues au sein de la littérature française internationale et francophone: la trans-langue entretenait les traces d’un excès linguistique, étranger et culturel – envolé, expurgé d’Égypte.

Divine breath of Genesis (Joyce Mansour)

Abstract

In this two-part essay, I present an overview of early to mid-twentieth-century francophone Cairo, followed by a close reading of Joyce Mansour’s translingual lyric and prose. In Part One, I situate the history of francophone Cairo’s literary communities and vibrant print culture within the broader context of trans-Mediterranean cultural exchanges between Egypt and France. I sketch francophone Cairo’s ultimate demise in relation to the contemporaneous Vortex movement in England. In light of this history, I follow in Part Two with a poetic query, situated at the crossroads of the local, the international, and the translingual. I recast the vigour of Vorticist energies through the sociocultural gyre of early twentieth-century Cairo, by focusing first on a brief sociolinguistic moment in the history of Egyptian cinema. This allows me to reveal the curious linguistic and poetic underbelly of the Cairo vortex, which I illustrate by way of a close reading of the city’s most iconoclastic poet, Joyce Mansour. Spanning references from Shakespeare to Byron to Dickinson, Mansour’s lyric and prose showcase a unique literary translingualism that simultaneously speaks in and between more than one tongue. In contrast to francophone Egypt’s prose literature, Mansour’s case presents an alternate perspective on the question of language and translation than the one favoured by the dialogue-driven plot narratives of the novel. Within the context of the narratives collected in Histoires nocives, a simple, unassuming translingual pun – construed around the vocal metamorphoses and alphabetical permutations between the vocables oum and mou – points to a more sublimated absence: the narrator’s détour to a non-extant ur-language or mother tongue of an obscure, original Genesis or Holy Writ. Mansour writes (in) a composite tongue. Her texts read and sound as if they were not originally written in any one single language in isolation. She adopts a sacred thematization of breaths and a nomadic, translingual poetics, freely halting upon a vast selection of constantly evolving languages and morphing cultural references. As early as 1955, her translingualism provided an exit from monolingual writing practices within international French and francophone literature: the translanguage sustained traces of a foreign linguistic and cultural excess – expended, expunged out of Egypt.

Je présente, dans cet essai en deux parties, une vue d’ensemble du Caire francophone de la première moitié du vingtième siècle, suivi d’une lecture close du lyrique et de la prose translinguistique de Joyce Mansour. Dans la première partie, je situe l’histoire vivante des communautés littéraires et des revues du Caire francophone dans le contexte élargi des échanges culturels et transméditerranéens entre l’Égypte et la France. J’esquisse le trépas du Caire francophone, mis en relation avec le mouvement contemporain du Vortex en Angleterre. À la lumière de cette histoire, j’enchaine dans la seconde partie avec une interrogation poétique, au carrefour du local, de l’international et du translinguistique. J’envisage la vigueur des énergies vorticistes du tourbillon socioculturel du Caire de la première moitié du vingtième siècle, à la lumière d’un bref moment sociolinguistique dans l’histoire du cinéma égyptien. Ceci me permet de dévoiler la curieuse face cachée – linguistique et poétique – du vortex cairote, que j’éclaircis avec une lecture close de l’exemple du poète le plus iconoclaste de la ville, Joyce Mansour. Le lyrique et la prose mansouriens – emprunts de références à Shakespeare, Byron ou Dickinson – font preuve d’un translinguisme littéraire à part, chevauchant plusieurs langues selon différentes modalités. Contrairement à la prose littéraire de l’Égypte francophone, le cas Mansour présente une perspective différente sur la question de la langue et de la traduction que celle favorisée par les œuvres où l’intrigue romanesque repose sur les dialogues. Dans le contexte des récits recueillis dans Histoires nocives, un calembour – simple, modeste, translinguistique, construit autour des métamorphoses vocales et des permutations alphabétiques des vocables oum et mou – montre le chemin vers une absence plus sublimée: le détour de la narratrice vers une ur-langue non existante, à la langue-mère d’une Genèse ou d’un Texte Sacré obscur, original. Mansour compose (dans) une langue composite. Ses textes se lisent et s’entendent comme s’ils n’étaient pas écrits à l’origine en une seule langue isolée. Elle adopte une thématisation sacrée des souffles et une poétique nomade, translinguistique, faisant librement la halte devant un vaste éventail de langues en devenir, ou de références culturelles métamorphosantes. Dès 1955, son translinguisme proposait une sortie des pratiques d’écriture monolingues au sein de la littérature française internationale et francophone: la trans-langue entretenait les traces d’un excès linguistique, étranger et culturel – envolé, expurgé d’Égypte.


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Author details

Elhariry, Yasser