Francosphères

Rethinking urgence

Algerian Francophone literature after the ‘décennie noire’

Francosphères (2016), 5, (1), 39–57.

Abstract

Set in the context of the Algerian ‘décennie noire’, a period of violence which spanned the 1990s, this article is about how multiple languages of urgence developed during and after the period and were applied to readings of Algerian Francophone literature produced at this time. The article is split into two parts: beginning with an overview of how urgence as a notion was written and constructed during the Algerian ‘décennie noire’ by the Algerian State (état d’urgence) and by French literary markets (écriture de l’urgence), the second part of the article considers how urgence might be seen to be interrogated and recast in the work of Algerian writers published within a blossoming Francophone publishing sector in Algeria. The main focus here is Mustapha Benfodil’s most recent novel, Archéologie du chaos (amoureux) (2007). The article suggests that the ethical imperative of the 1990s has been rethought and remapped by writers, outside of the hegemonic national narrative and reductive press receptions of novels common during the ‘décennie noire’. If initially cautioning against using literary fiction to read contemporary postcolonial societies, the article elaborates, through a reading of Benfodil’s novel, on how a more complex engagement with literary reference as suspended (simultaneously attached to and detached from reality) can offer a tentative but fruitful entry into recent Algerian history.

Cet article propose une réflexion sur les langages de l’« urgence » développés pendant et après la « décennie noire » (les années 90 durant lesquelles l’Algérie fut fortement marquée par la violence) qui informèrent la production littéraire algérienne francophone de cette période. L’article est divisé en deux parties. Il montre tout d’abord que le concept d’« urgence » est une invention de l’état algérien (par le biais de l’« état d’urgence ») relayée par l’industrie littéraire française (sous la forme de l’« écriture de l’urgence »). Il étudie ensuite la manière dont certains écrivains algériens se sont réappropriés cette « urgence » après les années 90 afin d’en faire un outil non plus répressif, mais créatif. L’analyse se concentre sur le roman le plus récent de Mustapha Benfodil, Archéologie du chaos (amoureux) (2007), et établit que l’impératif moral de l’écriture propre aux années 90 y est détourné et déjoue tant le grand récit étatique d’hégémonie nationale que les réceptions réductrices de la presse typiques de la « décennie noire ». Tout en mettant en garde contre les dangers de la lecture des sociétés postcoloniales par le prisme de la fiction littéraire, nous montrons que la référence littéraire est toujours suspendue (à la fois reliée à et disjointe de la réalité) et considérons les façons dont la littérature peut offrir un accès provisoire, mais néanmoins fructueux, à l’histoire de l’Algérie contemporaine en nous appuyant sur le cas du roman de Benfodil.

Rethinking urgence

Algerian Francophone literature after the ‘décennie noire’

Abstract

Set in the context of the Algerian ‘décennie noire’, a period of violence which spanned the 1990s, this article is about how multiple languages of urgence developed during and after the period and were applied to readings of Algerian Francophone literature produced at this time. The article is split into two parts: beginning with an overview of how urgence as a notion was written and constructed during the Algerian ‘décennie noire’ by the Algerian State (état d’urgence) and by French literary markets (écriture de l’urgence), the second part of the article considers how urgence might be seen to be interrogated and recast in the work of Algerian writers published within a blossoming Francophone publishing sector in Algeria. The main focus here is Mustapha Benfodil’s most recent novel, Archéologie du chaos (amoureux) (2007). The article suggests that the ethical imperative of the 1990s has been rethought and remapped by writers, outside of the hegemonic national narrative and reductive press receptions of novels common during the ‘décennie noire’. If initially cautioning against using literary fiction to read contemporary postcolonial societies, the article elaborates, through a reading of Benfodil’s novel, on how a more complex engagement with literary reference as suspended (simultaneously attached to and detached from reality) can offer a tentative but fruitful entry into recent Algerian history.

Cet article propose une réflexion sur les langages de l’« urgence » développés pendant et après la « décennie noire » (les années 90 durant lesquelles l’Algérie fut fortement marquée par la violence) qui informèrent la production littéraire algérienne francophone de cette période. L’article est divisé en deux parties. Il montre tout d’abord que le concept d’« urgence » est une invention de l’état algérien (par le biais de l’« état d’urgence ») relayée par l’industrie littéraire française (sous la forme de l’« écriture de l’urgence »). Il étudie ensuite la manière dont certains écrivains algériens se sont réappropriés cette « urgence » après les années 90 afin d’en faire un outil non plus répressif, mais créatif. L’analyse se concentre sur le roman le plus récent de Mustapha Benfodil, Archéologie du chaos (amoureux) (2007), et établit que l’impératif moral de l’écriture propre aux années 90 y est détourné et déjoue tant le grand récit étatique d’hégémonie nationale que les réceptions réductrices de la presse typiques de la « décennie noire ». Tout en mettant en garde contre les dangers de la lecture des sociétés postcoloniales par le prisme de la fiction littéraire, nous montrons que la référence littéraire est toujours suspendue (à la fois reliée à et disjointe de la réalité) et considérons les façons dont la littérature peut offrir un accès provisoire, mais néanmoins fructueux, à l’histoire de l’Algérie contemporaine en nous appuyant sur le cas du roman de Benfodil.


Details

Author details

Ford, Joseph