Quebec Studies

Entre la manie et la phobie: extraits

Quebec Studies (2002), 33, (1), 155–165.

Abstract

155 Entre la manie et la phobie: extraits Grégoire Chabot Newburyport, Massachusetts Introduction La plupart des Franco-Américains passent leurs vies voyageant entre deux endroits: la manie, qui se trouve un peu à l'ouest des Grands Tétons, et la phobie qui se trouve au sud de l'extrême-onction. Peu importe notre ville natale. Peu importe notre niveau d'éducation. Peu importe si on a une bonne job ou non. À la fin, on se retrouve toujours avec le reste de la gang dans un de ces deux endroits. N'étant pas sociologue, j'peux pas vous donner une explication scien­ tifique pour le phénomène manie-phobie. Mais j'sais qu'il est là. Je le vois dans les Franco-Américains que j'ai connus. Je le retrouve ben beau pi ben fort dans moué-même. J'veux en parler icit parce que j'trouve que ça aide à expliquer un peu pourquoi les Francos ont encore tant de misère à se faire reconnaître. Pour des années, on était le groupe tranquille, "the quiet presence" comme un auteur nous a nommés. Aujourd'hui, on est si tranquille qu'on est en train de disparaître presque sans traces. Pi ça m'embête pour deux raisons. Pour commencer, on avait certainement l'occasion de devenir un groupe important et reconnu, si c'est ça qu'on voulait. Ça fait presque 400 ans qu'on est sur le continent nord américain. Du côté de ma mère, mes ancêtres sont arrivés au Québec en 1649. Du côté de mon père, en 1635. Le continent nous "appartient" autant qu'il "appartient" à des groupes qui nous ont suivis pi qui ont fait ben mieux que nous autres. Mais on a manqué notre coup, pi on disparaît. La deuxième raison, c'est précisément ces "autres groupes." Les Italiens, les Irlandais, les Polonais et surtout les Chicanos, existent toujours. Bon pour eux-autres. Y savent influencer l'avenir du pays. Y savent réclamer leurs droits. Y savent comment se faire reconnaître et se faire entendre. Nous autres, on disparaît. Ce qui est plus triste c'est que personne ne s'en aperçoit. Nos derniers moments vaudront pas une manchette dans le New York Times ou même dans le Lewiston Sun Journal. Anyway, j'trouve que ça vaut la peine d'examiner un peu ce qui nous a rendus invisible au reste de la population américaine. L'alternance maniephobie a certainement joué un rôle et je propose d'en discuter certains élé­ ments ici. Par exemple, il y a au moins treize manies qu'il vaut la peine d'étudier: Je te salue manie Fantômanie Mythomanie Polyesteromanie Mannomanie Languestapomanie Messianomanie Cimentomanie (en deux parties) Québec Studies, Volume 33, Spring/Summer 2002

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Author details

Chabot, Grégoire