Quebec Studies

Le Québec: une société complexe

Quebec Studies (1998), 26, (1), 21–22.

Abstract

21 Le Québec: une société complexe par Marco Micone Il y a une vingtaine d'années lorsqu'on invitait des italophones avec des anglophones, on ne les distinguait pas. Maintenant on fait la distinction. Ce qui prouve que les discussions, débats et réflexions des dernières années n'ont pas été inutiles. Mais cela prouve aussi que la Loi 101 a changé la perception que nous avons des immigrants. Après ce court préambule, voici ma réaction à la communication de M. Marcotte pour qui, malgré la divergence de vue exprimée ici, j'ai la plus haute estime. Dans les domaines de la littérature et de la culture il faut, je crois, se méfier des réponses "admirables de simplicité" comme celle que Neil Bissoondath donna à Bernard Pivot. Imaginons l'affirmation de Bissoondath "un Québécois, c'est quelqu'un comme moi," sortant de la bouche d'un autochtone: comment aurions-nous réagi? En aurions-nous profité pour reprendre les discussions sur le droit inhérent des Premières Nations ou pour orchestrer une séance d'autoflagellation collective des descendants des colonisateurs? Heureusement, nous savons qu'aucun autochtone n'aurait pu faire sienne l'affirmation de Bissoondath, car jamais l'autochtone n'assumera l'identité de celui qui l'a conquis et spolié. Un anglophone de vieil établissement non plus n'aurait pu affirmer cela: son attachement au Canada et la conscience de sa différence l'en aurait empêché. Imaginons maintenant un francophone, un vrai, même pas indépendantiste, qui aurait dit à la même émission, "un Québécois c'est quelqu'un comme moi." William Johnson de The Gazette en aurait fait l'objet de sa chronique pendant des semaines. Tandis que sur les lignes ouvertes de CJAD on aurait crié encore une fois à l'exclusion, au racisme, au tribalisme. La seule personne qui pouvait, dans l'impunité absolue, dire cela, c'est un immigrant; tant mieux s'il appartient à la catégorie des visibles. On pardonne tout aux immigrants, même leur vote de blocage, et gare à ceux qui osent le leur rappeler. Mais ça, c'est une autre histoire. Dans la phrase prononcée par Neil Bissoondath, il manque le mot "aussi." Il aurait dû dire, "un Québécois, c'est aussi quelqu'un comme moi." Dans une société pluriculturelle, multi-ethnique et multinationale, si l'on tient compte des Premières Nations, il ne peut y avoir un seul modèle de Québécois, surtout lorsque ce modèle s'inspire de l'individualisme le plus radical, terreau fertile du néo-libéralisme et de l'atomisation sociale, au nom duquel (de l'individualisme) il (Neil Bissoondath) dénonce le multiculturalisme et refuse de reconnaître les identités et les cultures collectives qui favorisent la solidarité. Au Québec, on le sait, on dénonce le multiculturalisme canadien pour d'autres raisons. Comme vous voyez, M. Marcotte, il est impossible de faire simple en ce domaine. Au contraire, le champ de la culture, dont la littérature fait partie, se complexifie de plus en plus. A l'opposé de l'approche individualiste de l'identité et de la culture, telle que proposée par Bissoondath, il y a la notion de culture nationale. Peut-on parler de culture nationale dans une société hétérogène? Québec Studies, Volume 26, Fall 1998/Winter 1999

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Micone, Marco