Quebec Studies

Commentaires

Quebec Studies (1998), 26, (1), 15–16.

Abstract

15 Commentaires par Linda Leith Monsieur Marcotte, dans sa conférence, constate qu'il n'existe évidemment pas telle chose qu'une littérature anglo-québécoise. Cela me surprend. Cela m'attriste, même, parce que, moi, je prétends être une écrivaine anglo-québécoise. J'aimerais commenter tout d'abord sur sa conférence de façon personnelle, en tant qu'écrivaine, et puis de manière plutôt pratique ou institutionnelle, du point de vue de mes expériences comme membre d'organisations et d'institutions littéraires anglophones au cours de ces dernières années. Mon histoire personnelle est une histoire de déplacement, de déplacement non seulement géographique—de Belfast en Irlande du Nord, où je suis née, à Londres, à Bâle en Suisse, à Montréal, à Bruxelles, à Paris, à Budapest—mais aussi linguistique: de l'anglais, ma langue maternelle, à l'allemand (à l'âge de six ans), plus tard au français, et à l'hongrois. L'allemand est une langue que je parlais parfaitement, comme une Suisse, pendant les trois ans où j'ai demeuré à Seevogel Schule à Bâle, mais c'est une langue que j'ai, malheureusement, presque perdue. L'hongrois est une langue que j'ai apprise à l'âge adulte, et que je ne parlerais jamais bien. Une histoire de déplacement, et comme adulte, une histoire de retour à Montréal, une ville que j'ai choisie. Je ne me sens jamais complètement chez moi; je ne suis complètement chez moi nulle part, ni à Montréal, ni à Budapest, ni à Londres, et certainement pas à Belfast. Cependant, je me sens beaucoup plus chez moi à Montréal qu'ailleurs. Je suis heureuse de vivre dans une ville où le français est la langue publique et visible; l'anglais est ma langue privée, la langue que je parle avec mes proches, la langue dans laquelle je pense, dans laquelle j'imagine, j'invente, j'écris. Paradoxalement, peut-être, je me sens plus à l'aise dans un endroit où l'anglais est une langue minoritaire. Une certaine tension linguistique m'est devenue naturelle et même nécessaire, et je trouve étrange, maintenant, de me retrouver en Angleterre ou à Toronto et de voir les affiches en anglais. J'écris en anglais. Je n'ai pas le choix. Il est possible que je ne sois complètement chez moi que dans la langue anglaise. J'ai besoin de lire en anglais et d'écrire en anglais, et c'est un besoin rendu plus vif, peut-être, par mon histoire de déplacement linguistique. Il est certain que mon amour pour la lecture est né pendant mes trois années à Bâle. C'est à Montréal que j'ai commencé à écrire. Et c'est à Budapest, il y a presque sept ans, que j'ai commencé mon premier roman. Écrire en anglais, pour moi, est un refuge. Écrire me permet de créer un endroit, d'inventer un monde qui m'appartient. La citation avec laquelle mon premier roman commence est de Natalia Ginzburg: "When I write stories I am like someone who is in her own country, walking along streets that she has known since she was a child, between walls and trees that are hers." Pendant la conférence, hier après-midi, Bina Freiwald a cité Marlene Nourbese Philip qui écrit le mot "belonging" en deux mots—avec trait d'union entre be et longing (be-longing). Je comprends très bien pourquoi. Et c'est pour cette raison que la conférence de Monsieur Marcotte m'attriste. M. Marcotte semble me considérer comme une menace parce que j'écris en anglais. Il semble vouloir m'exclure de l'ensemble de la littérature québécoise. Et même si je comprends bien que je ne me sentirai Québec Studies, Volume 26, Fall 1998/Winter 1999

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Leith, Linda. Birds of Passage. Montréal: NuAge, 1993. Birds of Passage Google Scholar

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Leith, Linda