Quebec Studies

Quelques réflexions

Quebec Studies (1998), 26, (1), 12–14.

Abstract

12 Quelques réflexions par Nicole Brossard Vous m'excuserez mais je n'ai pas eu le temps d'écrire un texte. Cela parce que je passe beaucoup de temps au Canada à parler en anglais de littérature québécoise et de mes propres textes. Voici donc quelques réflexions. Tout d'abord, je voudrais vous raconter trois petites anecdotes qui diront à mon avis la difficulté de répondre aux questions qui nous sont posées à cette table ronde. Récemment, je travaillais avec Patricia Claxton, la traductrice de plusieurs de mes romans. Elle était en train de traduire Baroque d'aube, mon dernier roman. A un moment donné, la question s'est posée à savoir si nous allions conserver l'expression "Lac des Castors" telle qu'on la retrouve dans mon texte ou si nous allions la traduire par "Beaver Lake." Pour ma part, je disais qu'il serait intéressant de conserver l'expression "Lac des Castors" dans le texte anglais. Ce faisant, je voulais que même en anglais Montréal reste français. De son côté Patricia me répondit: je crois qu'il est très important de dire "Beaver Lake" parce que les anglophones vont se reconnaître. Les gens vont se rappeler des souvenirs de pique-niques et de randonnées si j'emploie l'expression "Beaver Lake." En somme, amicalement et inconsciemment, nous étions en train de négocier des espaces de mémoire affective, des territoires à partir desquels nous fondons une partie de ce que nous sommes. Territoires des plaisirs d'enfance, de sensations heureuses et familières. Il y avait bel et bien deux Montréal. Un Montréal avec accent et un autre sans accent. Aigu, il va sans dire! Deuxième anecdote. Je me souviens un jour, le poète George Bowering de Vancouver m'avait aimablement dit: "Nicole, you're one of the greatest Canadian writers." Je m'étais alors retrouvée dans une terrible ambivalence car d'une part, j'aurais bien voulu accepter le compliment, d'autre part, je me devais de lui rappeler que je n'étais pas une écrivaine canadienne mais une écrivaine québécoise. Troisième remarque: sans doute une question à laquelle répondront peutêtre Gail Scott et Robert Majzels. La littérature anglo-québécoise fait-elle partie de la littérature québécoise? Si la littérature québécoise ne peut par définition que s'écrire en français, comment situer des auteurs comme Gail Scott et Robert Majzels dont j'aimerais bien personnellement m'approprier les oeuvres pour les incorporer dans le corpus de la littérature québécoise? Je ne sais si Gail [Scott] et Robert [Majzels] répondront à la question, mais chose certaine, j'interprète notre participation à ce panel comme une tentative de répondre à la question: Quel espace la littérature anglo-québécoise occupe-t-elle dans la culture québécoise et cet espace est-il viable pour les auteurs et pour la littérature anglo-québécoise? Au premier abord, il serait facile de répondre: un très petit espace. Mais à quoi mesure-t-on cet espace? A l'influence des auteurs dans la vie littéraire, à l'influence des oeuvres sur le plan formel et esthétique? En d'autres termes, la littérature canadienne-anglaise du Québec a-t-elle joué un rôle dans le développement et l'évolution de la littérature québécoise? La réponse est fort probable- Québec Studies, Volume 26, Fall 1998/Winter 1999

Access Token
£25.00

Brossard, Nicole. Baroque d'aube. Montréal: L'Hexagone, 1995. Baroque d'aube Google Scholar

Cohen, Leonard. Let Us Compare Mythologies. Montréal: Contact Press, 1956. Let Us Compare Mythologies Google Scholar

If you have private access to this content, please log in with your username and password here

Details

Author details

Brossard, Nicole