Quebec Studies

Alexis Lefrançois ou le prisme des fuites

Quebec Studies (2006), 41, (1), 83–98.

Abstract

83 Alexis Lefrançois ou le prisme des fuites Catherine Dupuis-Morency Université de Montréal Talent émergeant des années 1970, Alexis Lefrançois constitue un "cas" littéraire atypique. Né en Belgique sous le nom d'Ivan Steenhout, il séjourne en Allemagne, en Grèce puis, plus tard, dans divers pays d'Afrique. Émigré au Canada en 1965, il s'intègre rapidement au milieu littéraire montréalais et publie un premier roman, La geste, aux Éditions Estérel en 1967. Édité sous son nom véritable, ce premier opus reflète éloquemment l'esprit ardent et iconoclaste de Steenhout. Raillant tous les aspects de la vie sociale et culturelle occidentale, le jeune auteur y use de l'ironie et du sarcasme avec un talent manifeste. Pourtant, dès 1971, renversement de situation: Ivan Steenhout disparaît sous les traits d'un poète que publient les Éditions du Noroît sous le nom d'Alexis Lefrançois. Le recueil, Calcaires, inaugure d'ailleurs les activités de la nouvelle maison d'édition, elle-même dirigée par de jeunes éditeurs et amis de Steenhout, le couple formé par René Bonenfant et Célyne Fortin. Dès lors, ils seront ses complices indéfectibles dans la supercherie, occultant, selon la volonté de l'auteur, le nom de Steenhout et sa geste gouailleuse; désormais poète et québécois, c'est Alexis Lefrançois qu'on présentera aux critiques et aux journalistes, avec prière de laisser tomber toute référence indiscrète au passé de l'écrivain. Si le cas de Lefrançois est fascinant sur le plan de la mystification littéraire, c'est d'abord parce que le subterfuge fut bâti à la manière d'une crypte par un homme dont la discrétion entrait étrangement en contradiction avec une écriture qui s'affirma d'emblée comme une critique sociale venimeuse et dévastatrice. Dans son refus total de commenter sa pseudonymie comme l'œuvre reniée, Lefrançois demeurera un mystère pour une critique qui ne saisira jamais vraiment le caractère hybride et extrême de sa poétique, non plus qu'elle ne réussira à élucider le mystère terré derrière un personnage à la fois fascinant et fuyant; un auteur qui s'employa à préserver le flou biographique qui fait aujourd'hui de son œuvre une entité artistique intacte et brute, épurée de toute contextualisation inutile, résultat flamboyant d'une mort assumée de l'auteur. Les essais de quelques spécialistes nous aideront à cerner les fondements d'un tel type de mystification afin d'expliquer comment ont opéré les mécanismes de la supercherie chez Alexis Lefrançois. Influencée par les visées psychanalytiques certes datées mais non moins pertinentes de Starobinski, cette étude entend éclairer les contours d'une œuvre qui s'est élaborée tant sous les masques que dans le paradoxe continuel véhiculé par l'antinomie stylistique de la prose et de la fiction. En un homme nous en distinguerons deux: l'un, Belge, né Steenhout, romancier impétueux s'étant mué en l'autre, poète, Québécois d'adoption, maître d'une esthétique novatrice pour l'époque, et connu du public exclusivement sous le nom d'Alexis Lefrançois. Québec Studies, Volume 41, Spring/Summer 2006

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Dupuis-Morency, Catherine