Quebec Studies

L'espace urbain rédempteur dans La Kermesse de Daniel Poliquin

Quebec Studies (2008), 46, (1), 71–86.

Abstract

71 L'espace urbain rédempteur dans La Kermesse de Daniel Poliquin Kathleen Kellett-Betsos Ryerson University En choisissant le titre La Kermesse (2006) pour son roman, l'auteur francoontarien Daniel Poliquin souligne son affinité pour la représentation carnavalesque de la paysannerie européenne établie à partir du seizième siècle pratiquée notamment par les peintres flamands Pieter Bruegel l'Ancien et Pierre Paul Rubens.1 Ce choix implique un changement significatif de perspective par rapport à ce qui est suggéré par le titre provisoire, Belvédère (Ouellet 417), mot qui évoque plutôt l'image de l'auteur démiurge qui surplomberait sa création, comme le suggèrent ces paroles de Poliquin à propos du cadre principal, l'ancien quartier francophone et ouvrier des plaines LeBreton, que les gens d'Ottawa appellent familièrement Le Flatte: Il y a, au-dessus des plaines LeBreton, le Collège dominicain de philosophie et de théologie d'Ottawa, là où le père Georges Lévesque a fait ses débuts. Je m'imagine regardant en bas, regardant mon village des plaines LeBreton recréé. J'y vois mes personnages, (cité par Ouellet 417) En optant plutôt pour le titre La Kermesse, Poliquin attire l'attention du lecteur sur les préoccupations populistes et égalitaires qui soutiennent l'axiologie du roman. En créant ses tableaux de kermesses, Bruegel célébrait sa Flandre natale en mettant en vedette des paysans robustes et enjoués qui s'adonnaient aux plaisirs sociaux de la fête paroissiale; le mot "kermesse" est d'ailleurs un dérivé du flamand "kerkmisse" (messe d'église). Dans son Livre des peintres de 1604, Karel Van Mander, contemporain de Bruegel, raconte que l'artiste prenait plaisir à se déguiser en paysan afin de participer aux fêtes populaires. Selon Van Mander, "Le bonheur de Breughel était d'étudier ces mœurs rustiques, ces ripailles, ces danses, ces amours champêtres qu'il excellait à traduire par son pinceau" (188). Pour sa part, tout en empruntant les dimensions humanistes et humoristiques des tableaux de Bruegel, Daniel Poliquin, toujours le chantre de sa ville natale d'Ottawa, 2 entreprend dans La Kermesse un portrait de la capitale nationale des débuts de la Première Guerre mondiale jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale. La kermesse éponyme est une foire organisée par les dominicains qui réunit des gens d'origine et de classes sociales différentes et où s'entrecroisent les vies des personnages principaux. Alors que le titre Belvédère impliquerait une distance physique et émotive entre le sujet et l'objet du regard, La Kermesse suit plutôt la tradition de Bruegel en plongeant le lecteur au cœur d'une scène où des êtres humains se bousculent dans une diversité d'activités et de relations propres à une paroisse, microcosme de la société ottavienne. Québec Studies, Volume 46, Fall 2008/Winter 2009

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Kellett-Betsos, Kathleen