Quebec Studies

Les loyautés conflictuelles de la littérature québécoise

Quebec Studies (2007), 44, (1), 41–52.

Abstract

41 Les loyautés conflictuelles de la littérature québécoise Simon Harel Université du Québec à Montréal Zones de tension Quelles sont les formes d'un postcolonialisme interne qui habite les terri­ toires de la littérature québécoise, les concepts que nous devons mettre en œuvre pour mieux comprendre ce dernier dans le cadre d'une réflexion sur les formes de la conflictualité? La notion de conflit a été peu théorisée dans le domaine des lettres. Les travaux qui traitent des problématiques identi­ taires ont mis l'accent, particulièrement au Québec, sur la représentation de l'altérité et sur la "consensualité" des relations interculturelles. Ce point de vue qui correspond à une appréciation idéologique du monde me semble avoir des conséquences majeures, qui empêchent jusqu'à un certain point l'étude de nouvelles configurations culturelles. À mettre de l'avant de manière excessive les expressions de la différence et de l'altérité, il devient fort difficile d'étudier la mise en œuvre de la conflictualité. La référence au conflit devient, dans cette perspective, un discours négatif, voire conserva­ teur, qui prône la violence, la discordance, et les antagonismes entre sujets. Pourtant il s'avère nécessaire de remplacer cette appréciation morale du conflit au profit d'une étude fondée sur les formes et les significations de la conflictualité. Plus que la seule question de l'identité comme telle, ce sont des conflits d'identité qui structurent les formes de la conflictualité. Ainsi, je retiens l'expression de zones de tension qui actualisent cette conflictualité des pratiques culturelles contemporaines. Le discours sur l'identité et l'altérité a en effet privilégié l'opposition de l'homogénéité identitaire et de l'hétérogénéité "altéritaire." Entre l'hétérogénéité et l'ho­ mogénéité, entre la porosité et l'imperméabilité, me semblent émerger des zones de tension qui affectent notre perception des identités culturelles, cela dans un contexte de mondialisation qui traduit un mouvement d'homo­ généisation — différenciation. Premier constat: depuis au moins quarante ans, la littérature québécoise (et j'entends par là: l'institution littéraire qui réglemente avec plus ou moins de succès ce qui constitue le corpus rep­ résentatif de la littérature québécoise) est obsédée par l'identité. Depuis la fin des années soixante-dix, la logique identitaire est devenue une notion touffue dans le monde de l'univers des discours, l'équivalent d'un discours critique. Bien sûr, la valorisation de l'identité québécoise n'est pas un phénomène récent. Mais son intégration à titre de modèle critique, dans le domaine des études littéraires, l'est sans aucun doute. Au cours des années soixante, sous l'impulsion des membres du mouvement Parti pris, la lit­ térature québécoise s'autodéfinit par une condition de colonisé qui justifie un nouveau souffle littéraire. Les œuvres de Jacques Berque, d'Albert Memmi, de Frantz Fanon, parmi d'autres auteurs, justifient l'établissement d'une homologie entre la lutte des Black Panthers aux États-Unis et celle des "Nègres Blancs" d'Amérique du Nord. Bien évidemment, nous savons Québec Studies, Volume 44, Winter 2007/Spring 2008

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Harel, Simon