Quebec Studies

Un Interview avec Loco Locass

Quebec Studies (2006), 41, (1), 27–44.

Abstract

27 Un Interview avec Loco Locass Christopher M. Jones Carnegie Mellon University Loco Locass est un groupe rap québécois composé de trois membres: Batlam, Biz, et Chafiik. Biz et Batlam sont originaires de la capitale, Chafiik de Montréal. Loco Locass est actuellement le seul groupe rap québécois vivant de sa musique. Au Québec, ils sont connus de la classe politique en raison de leurs raps très pointus et agressifs. Leurs disques se vendent bien, tandis que leurs raps, réunis sous forme de recueils, se vendent mieux qu'aucun livre de poésie québécoise. Ils sont ouvertement indépendantistes et fiers représentants de la langue et l'identité québécoise. Pourtant, dans la scène hip hop québécoise la controverse les pourchasse. On les dépeint comme "vendus" parce que leur succès est non seulement critique, mais aussi commercial. De plus, on leur reproche de trahir les traditions afroaméricaines du hip hop avec leur textes trop fleur-de-lysés ou littéraires. Cette interview avec Biz et Chafiik a eu lieu dans un café du Plateau Mont-Royal, au mois d'août 2006. Un DJ démontait son équipement, les fenêtres étaient grandes ouvertes sur l'Avenue Laurier, où passaient des bicyclettes, des camions de livraison, des promeneurs. Chafiik m'y attendait, Biz est arrivé en rollers peu après. Nous avons passé quatre-vingtdix minutes à discuter de musique, de politique, de langues, et de littérature. L'interview n'a fait que confirmer mon impression que les Loco représentent une voix incontournable pour tous ceux qui s'intéressent à l'aventure musicale et politique québécoise. Christopher Jones (CJ): Quelle est la place des Loco dans le hip hop québécois? Biz (B): Je dirais pas qu'on est dans le hip hop. Disons qu'on gravite autour de la planète hip. Quand on a commencé, on pensait qu'on allait avoir une place et puis on pensait qu'on allait s'intégrer à ce mouvement-là. Le premier spectacle qu'on a fait, c'est dans un concours hip hop. Chacun y amène sa gang. C'est un peu comme les duels dans le film d'Eminem (8 Mile). Donc, tu es déjà dans une dynamique d'affrontement. Alors nous, on commence, on met nos chapeaux en fleur-de-lys, et on se fait huer par une foule noire et anglophile. Ensuite, on arrive avec nos habits, pas du tout hip hop; on passe pour une gang de bouffons pas sérieux qui n'ont aucun rapport là-dedans. Ça a été ça notre premier contact et là tout de suite on a déchanté en se disant qu'on allait continuer de faire notre affaire... même si, moi, j'écoute beaucoup ce qui se fait à Montréal et puis à Québec en hip hop. Vraisemblablement, ces gens-là veulent pas de nous. Ils se considèrent pas représentés par nous, alors on peut pas prétendre le faire. C'est comme un peu les Beastie Boys. Ils ont toujours été en marge du mouvement hip hop. Ils sont blancs, ils y ont été avec des vrais instruQuébec Studies, Volume 41, Spring/Summer 2006

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Loco Locass. Manifestif (CD). Audiogram, 2000. Manifestif (CD) Google Scholar

Loco Locass. Manifestif (collection de textes). Montréal: Coronet liv, 2000. Manifestif Google Scholar

Loco Locass. In Vivo (CD/CD-ROM). Freeset Interactive Entertainment, 2003. Google Scholar

Loco Locass. Amour oral (CD) Audiogram. 2004 Google Scholar

Loco Locass. Poids plume (collection de textes). Saint-Laurent (Québec): Fides, 2005. Poids plume Google Scholar

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Jones, Christopher