Quebec Studies

Une palpitation géographique

Quebec Studies (2009), 48, (1), 9–12.

Abstract

9 Une palpitation géographique Emile Martel Centre québécois du P.E.N. international La question qui est posée ici est de savoir si nous s o m m e s Américains. Et si nous le s o m m e s , en quoi s o m m e s n o u s différents des autres Américains. J'ai l o n g t e m p s vécu à l'étranger, hors de l'Amérique. Toujours, partout, le m o t A m é r i q u e est a c c o m p a g n é d ' u n e résonnance forte. Il arrive qu'elle soit très négative — de plus en plus fréquemment, d'ailleurs. M a i s le plus souvent, elle est positive. P a s plus positive que le m o t Canada, cependant. Et à l'intérieur du cercle q u a n d m ê m e plus restreint de ceux qui, de par le m o n d e , savent ce q u ' e s t le Canada, la réalité du Q u é b e c a u n parfum un p e u scandaleux, directement issu de la phrase du Général de Gaulle en 1967, "Vive le Q u é b e c libre!," une phrase qui, étrangement, ne parle pas de liberté, mais plutôt de l'interventionnisme incongru d'un personnage hors n o r m e s . L'Américanité propre au C a n a d a offre des différences importantes puisque n o u s n e s o m m e s pas les États-Unis et le Québec, dans cet ensemble, représente un facteur original et distinct. Ces étiquettes — américain, canadien, québécois — n o u s protègent, car si nous ne s o m m e s pas m o i n s Américains que les autres, n o u s s o m m e s en tout cas les seuls à l'être en français. Et notre langue, telle que pratiquée partout dans l'univers francophone, accorde une valeur émotive et u n coefficient de rêve singuliers au vocable " A m é r i q u e . " Dire "c'est l'Amérique," c'est aussi fort que "c'est le Pérou." Et souvenez-vous de cette chanson de Jacques Brel où il dit à celle qu'il aime: "Tu es m o n A m é r i q u e à moi!" Le n o m que n o u s n o u s d o n n o n s est un capital majeur; nous l'avons v u ici au C a n a d a quand nous s o m m e s passés en quelques décennies du n o m de Canadiens — par rapport aux Anglais — à celui de Canadiens-français — par rapport à ceux qui sont de langue anglaise — avant de devenir Québécois — p o u r des raisons que je n'ai pas très bien comprises mais qui ne m e posent aucun problème. Si n o u s laissons q u ' o n n o u s appelle Américains, nous utilisons une certaine partie de ce capital. M a i s par contre quand les États-Unis discréditent leur image, réduisent leur valeur morale, trahissent les principes qui en ont fait des modèles de démocratie et d'ouverture, alors n o u s avons tendance à m o i n s nous appeler Américains. N o u s créons un m u r de moralité qui s'appelle C a n a d a et, dans notre cas à nous les Québécois, encore mieux, un refuge qui s'appelle Q u é b e c . Ce refuge est une forteresse. L'Amérique — le mot, l'évocation plus ou moins magique, le m e s s a g e culturel, politique, économique, historique, social — ne laisse en tout cas jamais, jamais indifférent. Q u e nous soyons Américains ne fait aucun doute. Q u a n d je dis " n o u s " j e veux dire ceux qui vivons entre le Pôle Nord et, disons, la frontière guatémaltèque. Q u e notre culture Québec Studies, Volume 48, Fall 2009/Winter 2010

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Martel, Émile