Quebec Studies

La littérature québécoise en regard des autres littératures francophones: enjeux et configurations d'un rhizome

Quebec Studies (2010), 49, (1), 3–8.

Abstract

3 La littérature québécoise en regard des autres littératures francophones: enjeux et configurations d'un rhizome1 Lise Gauvin Université de Montréal/CRILCQ La littérature québécoise fait partie d'un vaste ensemble qu'on a coutume de désigner sous le nom de francophonie littéraire, notion aux contours in­ définis qui résiste à toute grille simplificatrice. Ce concept se trouve d'au­ tant plus difficile à cerner que l'usage tend à opérer un clivage entre les écrivains français (de France) et ceux qui écrivent en français (tous les autres). Qu'on soit ou non d'accord avec cette distinction, elle tend à s'im­ poser de facto aussi bien dans les ouvrages à vocation pédagogique (an­ thologies et histoires littéraires) que dans les écrits théoriques. À l'occasion du Salon du livre de Paris, en 2006, consacré aux littératures francophones, plusieurs questions ont été posées et discutées sur la place publique. La francophonie serait-elle une étiquette commode servant à regrouper les an­ ciennes colonies françaises? Une manière de désigner les locuteurs français hors de France tout en les marginalisant? Une façon pour l'État français d'assurer sa présence au sein d'organismes internationaux? Quoi qu'il en soit, dès que l'on tente de préciser le sens du mot, il y a toujours un reste, c'est-à-dire des exceptions, des éléments qui ne cadrent pas avec la défini­ tion. Les écrivains antillais, comme les réunionnais, pourtant considérés comme faisant partie de la francophonie littéraire, ne figuraient pas parmi les invités officiels du Salon à cause de leur nationalité française. On ne s'en sort pas aisément. Quant aux auteurs de Belgique, ils appartiennent à ce qu'on pourrait nommer une francophonie de proximité, souvent difficile à distinguer du corpus littéraire français. Romancier francophone, Weyergans? Et Marie Ndiaye? Le malaise s'est exprimé de nouveau en 2007 avec la publication du manifeste intitulé "Pour une littérature-monde en français" dans le journal Le Monde (16 mars). On y sonnait le glas de la francophonie entendue comme le "dernier avatar du colonialisme français" et on annonçait l'avè­ nement d'une littérature-monde en français "dont le centre est désormais partout, aux quatre coins du monde." Co-rédigé par Jean Rouaud, roman­ cier récipiendaire du prix Goncourt pour Les champs d'honneur et par Michel LeBris, directeur du festival Étonnants voyageurs de Saint-Malo, et co-signé par quarante-quatre écrivains, parmi lesquels Jacques Godbout, Wajdi Mouawad, Dany Laferrière, et Nancy Huston, écrivains du Québec et du Canada publiés en France, ce manifeste mettait en évidence l'ambiguïté que recouvre le terme de francophonie lorsqu'il s'agit d'appliquer à la littéra­ ture un concept de nature d'abord politique. Alors qu'au printemps 2006, des écrivains francophones se disaient marginalisés dans l'institution littéraire française bien que publiés par des maisons d'édition parisiennes, les prix littéraires de l'automne semblaient Québec Studies, Volume 49, Spring/Summer 2010

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LeBris, Michel et Jean Rouaud, éds. Pour une littérature-monde. Paris: Gallimard, 2007. Pour une littérature-monde Google Scholar

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Gauvin, Lise